Milena

Tu te déhanches dans la poussière, un halo doré tombé du ciel nimbant tes cheveux de jais; et tu piétines de tes sandales les herbes sèches et les hautes graminées de la bordure du chemin. A mesure que tu te rapproches de la maison de ton père, douce Milena, l’écho du chant des vendangeurs parvient à tes oreilles et tu crois déjà sentir les effluves des grappes sures, serrées dans les baquets de bois. Tu presses le pas et tu finis par couper à travers champs.

Là-bas, entre les bouleaux et les frênes, s’élève la vieille bâtisse de pierres blanches baignée de cette lumière du soir un peu rousse que tu adores. Tu coures en ligne droite parmi les broussailles dont les tiges brûlées de sécheresse te piquent les mollets, tandis que sur ton passage se dispersent des nuées de moucherons qui s’envolent en bourdonnant dans l’air chaud. Un groupe de lièvres, tapi un peu plus loin dans les fourrés, dresse la tête et te regarde passer d’un œil endormi.

Mais voilà que tu arrives; tu franchis la barrière et dévales l’allée caillouteuse jusqu’au porche fraîchement repassé à la chaux… Dans la cour, on a dressé des tables sur des tréteaux alignés; des nappes multicolores les recouvrent ainsi que des plateaux de fruits, des fromages empilés, des pains énormes et des carafes de vin remplies jusqu’à ras-bord. La vieille tante Zina, à la porte de la cuisine, agite un torchon dont la farine tombe en pluie sur les pavés. Des rires de femmes se mêlent, derrière elle, au fracas des casseroles et au crépitement du feu. Tu contournes la maison, légère comme une plume. Là, de l’autre côté, d’immenses cuves rougies se dressent, débordantes de raisin luisant. De grosses mouches bleues, posées sur les toiles contenant les tas de grappes, se chauffent aux derniers rayons du soleil.

On t’appelle. Aidée par une cousine qui te tend sa main puissante et large – presque une main d’homme – tu grimpes dans un des baquets après avoir quitté tes sandales. Tes pieds nus, échauffés par la course, se plongent avec délice dans la pulpe fraîche des grains à demi écrasés. Tu retrousses ta jupe sur tes hanches et te mets à danser, comme les dizaines d’hommes et de femmes autour de toi, de cette danse joyeuse et acharnée des fouleurs de raisin. Le parfum suave des fruits mûrs t’enivre et te réjouit, belle Milena, dont les chevilles brunes se colorent peu à peu d’une teinte violette qui ressemble à du sang séché.

A quelques pas de là, appuyé à la poutre de l’auvent, le grand Slavko t’observe à la dérobée et tente d’imprimer en sa rétine les contours adorés de ta silhouette mouvante. Un sourire imperceptible illumine malgré lui son visage, et toi, bien sûr, qui a senti cela, tu le regardes droit dans les yeux, faisant monter une rougeur diffuse depuis son cou jusqu’à ses pommettes.

Ô, Milena! Ce soir, alors que les autres chanteront et danseront sous la douce lumière de la lune, tu t’étendras dans les herbes humides qui bordent la mare, de l’autre côté du chemin, et il y aura Slavko auprès de toi, qui tiendra ta main dans la sienne.

En cet endroit retiré du monde, vous écouterez, frémissants de désir, les grillons qui stridulent et les grenouilles qui coassent autour de vous, indifférents et paisibles; milliers d’êtres minuscules et vivants faisant vibrer d’une même voix la terre tiède de la fin d’été.

Bienvenue sur le blog de L’inattendue

J’aimerais vous emmener sur un chemin à travers les arbres hauts, dans un jour d’été finissant où la lumière à l’horizon doucement poudroie.

L’air ici est si limpide que l’on respire la couleur et l’odeur des aiguilles de pin lentement tiédies au soleil. Tout est d’or et de vert. Des chants d’oiseaux saturent l’atmosphère embaumée de l’encens des écorces.

J’aimerais que vous me suiviez dans ce chemin si beau. Écoutez avec moi le chant du monde, et laissez votre âme s’émerveiller face à la splendeur simple et paisible de la Création.

Tendez avec moi l’oreille à ce silence rempli de vie. Laissez-vous surprendre par les couleurs de ce monde au bout de mes pinceaux. Une rencontre inattendue est peut-être au bout du chemin que nous parcourons.

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